Forte de plus de 20 siècles d’histoire, la médecine chinoise (qui comprend l’acupuncture) a développé des théories sophistiquées concernant les influences et le développement des maladies aigües. Les auteurs des classiques médicaux chinois ont élaboré des théories expliquant l’évolution des maladies infectieuses et leur pénétration dans les différentes couches du corps. Dans le Shang Han Lun (伤寒论), le pathogène (maladie infectieuses) pénètre le corps selon une progression en 6 couches. Dans le Wen Re Lun (温热论), la maladie progresse selon un modèle comprenant 4 couches. Ces deux traités élaborent l’évolution de la maladie de façon précise et les traitements appropriés selon l’état d’avancement de l’affection.
Ces deux modèles nous permettent de développer une théorie détaillée des mécanismes immunitaires du corps humain. Pour mettre une image sur la conception chinoise du système immunitaire, on peut le comparer à un royaume.

D’abord, il y a les frontières du royaume. Des contingents militaires y sont stationnés, peut-être même il y a une Grande Muraille. C’est la première ligne de défense de l’organisme. Si le royaume est sain, si l’empereur (les émotions) et les ministres (les différents systèmes-organes) gèrent bien le pays, cette première ligne de défense sera forte et efficace à moins que l’envahisseur soit particulièrement puissant. En seconde ligne, on pourra trouver les villes secondaires et les milices locales. Si l’envahisseur passe les frontières, ces ressources pourront être mises à contribution. Elles dépendront du bon fonctionnement du système de communication (routes et canaux – le système méridien). Même si l’envahisseur est repoussé à ce niveau, il y aura certains dommages au royaume : champs saccagés, villages pillés, etc. Le corps aura donc besoin d’un certain temps de récupération après l’infection.

Plus profondément, on aura le palais royal ou la capitale du pays. L’envahisseur a pénétré profondément dans le royaume et la situation devient critique. À cette étape, il est essentiel d’appeler en renfort toutes les ressources médicales externes possibles car le royaume est en déroute. Même si l’envahisseur est chassé à ce moment, la récupération sera longue car tout le pays a été saccagé. Ensuite, on retrouve l’empereur et sa garde personnelle. C’est la dernière défense du corps. À ce niveau, on pourra retrouver de la fièvre forte, du délire, voire le coma. Si l’envahisseur réussi à traverser cette dernière défense, le royaume s’écroule et il n’y a plus d’espoir. Si le royaume s’effondre, c’est la mort.

Cette conception du système immunitaire amène beaucoup plus qu’une profonde compréhension du développement des maladies infectieuses. Elle introduit un concept absent de la médecine occidentale, celui de pathogènes latents. Les pathogènes latents sont des infections qui n’ont pas été éliminées complètement ou correctement. En conservant notre image du royaume, on pourrait dire que des groupes dissidents sont présents dans le royaume et qu’ils profiteront de chaque occasion pour se manifester. Ils entraînent souvent des maladies systémiques incluant les maladies inflammatoires et auto-immunes. Un prochain article à paraître bientôt développera un peu plus le concept de pathogène latent.